Mingas : contestation et réflexion
Lundi 5 janvier 2009, mis en ligne par Dial
La Colombie est souvent réduite au conflit qui
oppose les Forces révolutionnaires armées de Colombie (FARC) et le gouvernement. Ce dossier constitué de deux articles cherche à présenter une autre facette de la vie nationale en évoquant les
mobilisations des populations indiennes et afro-colombiennes pour défendre leurs droits. Les deux textes ont été rédigés par Susan Abad et publiés par Noticias Aliadas
Les Indiens protestent contre un déni croissant de leurs droits.
Les mingas, ou marches, que des milliers d’Indiens ont réalisées en octobre et
novembre en Colombie, parcourant 504 kilomètres du Sud-ouest du pays à Bogotá, ont de nouveau mis en relief « l’irrespect ancestral à l’égard des droits des ethnies et le génocide qui, loin de
cesser, a connu une recrudescence sous le gouvernement [du président] Álvaro Uribe ».
C’est ce qu’a déclaré le sénateur Jesús Piñacué, représentant du département du
Cauca au Congrès et membre de l’ethnie paez.
« Depuis qu’Uribe est arrivé au pouvoir, 1 253 Indiens ont été assassinés et 18
groupes sont en voie de disparition, dont les Juhup, les Yari, les Yamaleros et les Nukaks », affirme M. Piñacué, en s’appuyant sur des chiffres de l’Organisation nationale indienne de Colombie
(ONIC). Les marches indiennes font également ressurgir le problème territorial que vivent les ethnies colombiennes et qu’« Uribe a traité d’une façon très maligne », ajoute
Piñacué.
Territoire : un droit non reconnu
Le 18 octobre, Uribe a assuré, lors d’un conseil communal de gouvernement – on
entend par là les réunions que le président tient avec les autorités locales et les communautés –, à Quetame (Cundinamarca), que les Indiens, qui représentent 2,2% de la population colombienne
(44 millions) détiennent 27% du territoire colombien.
« Le gouvernement signale que les Indiens possèdent 31,6 millions d’hectares –
chiffre officiellement vérifié –, chose qu’il présente comme une concession faite par l’État à ces peuples. Mais la réalité est autre : en fait, l’État n’a pu leur retirer ces terres lors des
processus de colonisation et d’expropriation forcée imposés aux peuples indiens », explique Juan Houghton, chercheur au Centre de coopération indienne.
Il ajoute que « 90% de ces terres se trouvent dans des zones protégées – forêt
amazonienne, forêts du Pacifique, savane de l’Orénoque et régions semi-désertiques de La Guajira, où, comme l’indique l’Institut amazonien de recherche scientifique (SINCHI), l’agriculture
intensive est interdite, et où l’on exige des dynamiques de production extrêmement élaborées qui permettent, par exemple, de laisser reposer le sol compte tenu de sa qualité et de son acidité
».
Le chercheur explique aussi que « les terres indiennes situées à l’intérieur
des terres cultivables sont beaucoup plus petites et présentent une forte concentration de personnes par hectare » ; il cite notamment le cas de Córdoba, où les réserves des Zenus – qui sont au
nombre de 146 916 selon le recensement de 2005 et titulaires de 14 314 hectares – cohabitent avec des propriétés appartenant à une seule personne, comme celle du président Uribe, de 2 000
hectares.
De son côté, le sénateur déclare que « le problème territorial est lié d’une part à
la restitution de la propriété des terres, mais aussi à la reconnaissance du droit de gérer l’ensemble des terres et au droit que possède le peuple indien de les utiliser, de les faire fructifier
et de choisir son mode de relation avec les ressources naturelles ».
« L’État ne reconnaît pas ce problème territorial, ajoute-t-il, et voit dans les
Indiens des communautés minoritaires qui s’opposent à l’exploitation du sous-sol, du pétrole et d’autres richesses naturelles. »
L’article 329 de la Constitution politique de Colombie établit que les terres
indiennes constituent des entités territoriales dotées d’une autonomie administrative, politique, culturelle et juridique, mais qu’un règlement est nécessaire pour modifier la division
territoriale du pays. Cela implique une distribution des compétences des entités territoriales en matière de législation, de ressources et d’impôts.
À suivre Légalisation de la spoliation
(Dial - http://enligne.dial-infos.org)
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